Le discours de la méthode

Alors que j’étais affairée à mon bureau pour coudre de petites choses, me revint en mémoire le discours de la méthode de René Descartes. Je me suis mise à le relire afin de pouvoir puiser un peu de sagesse dans les écrits de cet illustre philosophe. Je partage avec vous quelques passages qui me semblent toujours pertinents surtout en ces périodes de grèves et de réformes …


J’aime beaucoup ces premiers passages où il explique qu’il peut se tromper mais qu’il a décidé d’exposer avec franchise sa façon de voir le monde et ses préceptes sans toutefois affirmer qu’ils peuvent fonctionner pour tout le monde. Il propose ainsi ses réflexions non comme une vérité absolue mais comme une vérité relative acquise par la biais de son expérience personnelle.

« Ainsi mon dessein n’est pas d’enseigner ici la méthode que chacun doit
suivre pour bien conduire sa raison, mais seulement de faire voir en quelle sorte
j’ai tâché de conduire la mienne. Ceux qui se mêlent de donner des préceptes se
doivent estimer plus habiles que ceux auxquels ils les donnent; et s’ils manquent
en la moindre chose, ils en sont blâmables. Mais, ne proposant cet écrit que
comme une histoire, ou, si vous l’aimez mieux, que comme une fable, en
laquelle, parmi quelques exemples qu’on peut imiter, on en trouvera peut-être
aussi plusieurs autres qu’on aura raison de ne pas suivre, j’espère qu’il sera utile
à quelques-uns sans être nuisible à personne, et que tous me sauront gré de ma
franchise. »

« Toutefois il se peut faire que je me trompe, et ce n’est peut-être qu’un peu
de cuivre et de verre que je prends pour de l’or et des diamants. Je sais combien
nous sommes sujets à nous méprendre en ce qui nous touche, et combien aussi
les jugements de nos amis nous doivent être suspects, lorsqu’ils sont en notre
faveur.
« 


J’aime aussi ce passage où il évoque de manière étonnante le danger de remettre en cause des fondements sur lesquels on a pris l’habitude de s’appuyer et qu’il faut donc agir prudemment et lentement pour toute réforme.

« Il est vrai que nous ne voyons point qu’on jette par terre toutes les maisons
d’une ville pour le seul dessein de les refaire d’autre façon et d’en rendre les rues
plus belles; mais on voit bien que plusieurs font abattre les leurs, pour les
rebâtir, et que même quelquefois ils y sont contraints, quand elles sont en
danger de tomber d’elles-mêmes, et que les fondements n’en sont pas bien
fermes. À l’exemple de quoi je me persuadai qu’il n’y aurait véritablement point
d’apparence, qu’un particulier fît dessein de réformer un état, en y changeant
tout dès les fondements, et en le renversant pour le redresser; ni même aussi de
réformer le corps des sciences, ou l’ordre établi dans les écoles pour les
enseigner: mais que, pour toutes les opinions que j’avais reçues jusques alors en
ma créance, je ne pouvais mieux faire que d’entreprendre une bonne fois de les
en ôter, afin d’y en remettre par après ou d’autres meilleures, ou bien les mêmes
lorsque je les aurais ajustées au niveau de la raison. Et je crus fermement que
par ce moyen je réussirais à conduire ma vie beaucoup mieux que si je ne
bâtissais que sur de vieux fondements, et que je ne m’appuyasse que sur les
principes que je m’étais laissé persuader en ma jeunesse, sans avoir jamais

examiné s’ils étaient vrais. Car, bien que je remarquasse en ceci diverses
difficultés, elles n’étaient point toutefois sans remède, ni comparables à celles
qui se trouvent en la réformation des moindres choses qui touchent le public.
Ces grands corps sont trop malaisés à relever étant abattus, ou même à retenir
étant ébranlés, et leurs chutes ne peuvent être que très rudes. Puis, pour leurs
imperfections, s’ils en ont, comme la seule diversité qui est entre eux suffit pour
assurer que plusieurs en ont, l’usage les a sans doute fort adoucies, et même il en
a évité ou corrigé insensiblement quantité, auxquelles on ne pourrait si bien
pourvoir par prudence; et enfin elles sont quasi toujours plus supportables que
ne serait leur changement; en même façon que les grands chemins, qui
tournoient entre des montagnes, deviennent peu à peu si unis et si commodes, à
force d’être fréquentés, qu’il est beaucoup meilleur de les suivre, que
d’entreprendre d’aller plus droit, en grimpant au-dessus des rochers et
descendant jusques aux bas des précipices. »


Il évoque ainsi sa résolution d’aller lentement afin de ne point tomber et d’agir avec précaution.

« Mais, comme un homme qui marche seul, et dans les ténèbres, je me
résolus d’aller si lentement et d’user de tant de circonspection en toutes choses,
que si je n’avançais que fort peu, je me garderais bien au moins de tomber.
« 


Par ailleurs il explique agir selon quatre préceptes fondamentaux de pensée, auxquels il essaie de se tenir davantage qu’aux lois ou préjugés sociaux. Ses préceptes ne sont pas si simples à suivre. C’est une méthode de raisonnement qui est cependant toujours intéressante. Ainsi tout d’abord il ne tient rien pour vrai avant de le vérifier, ensuite il divise les difficultés en parcelles d’études. Puis il les classifie par degré de difficulté. Il propose ainsi une division horizontale puis verticale des problèmes. Enfin il n’omet pas de dire que si l’on doit s’attaquer aux sous-problèmes de manière profonde, il ne faut pas omettre de garder une vue d’ensemble de la situation. Ma manière sans doute simpliste d’expliquer ces préceptes.

« Le premier était de ne recevoir jamais aucune chose pour vraie que je ne la
connusse évidemment être telle; c’est-à-dire, d’éviter soigneusement la
précipitation et la prévention, et de ne comprendre rien de plus en mes
jugements que ce qui se présenterait si clairement et si distinctement à mon
esprit, que je n’eusse aucune occasion de le mettre en doute.
Le second, de diviser chacune des difficultés que j’examinerais, en autant
de parcelles qu’il se pourrait, et qu’il serait requis pour les mieux résoudre.
Le troisième, de conduire par ordre mes pensées, en commençant par les
objets les plus simples et les plus aisés à connaître, pour monter peu à peu
comme par degrés jusqu’à la connaissance des plus composés, et supposant
même de l’ordre entre ceux qui ne se précèdent point naturellement les uns les
autres.
Et le dernier, de faire partout des dénombrements si entiers et des revues si
générales, que je fusse assuré de ne rien omettre. »


Je ne suis pas philosophe mais j’ai aimé relire ces passages et me remémorer la pensée de ce grand homme. Je partage mes réflexions ici sans prétention aucune mais en me disant que si cela m’aide alors cela peut aider d’autres personnes.

Ainsi je me disais que l’on pouvait sans doute essayer d’appliquer un peu ces préceptes tout simplement pour mieux organiser sa vie. Tout d’abord il est important d’être vrai sur ce que l’on vit afin d’avoir la lucidité nécessaire à toute évolution. Ensuite il est toujours encourageant d’avancer et de régler les problèmes en s’attaquant tout d’abord aux plus simples, en les décomposant en sous-problèmes, pour ensuite tenter de régler les problèmes plus complexes. Enfin, il ne faut pas oublier d’apporter une conscience plus élevée à l’étude parcellisée de nos vies afin de pouvoir lui redonner un sens et une direction qui nous conviennent sur un plan moral peut-être ou spirituel. Des choix qui paraissaient « vrais » dans une direction de vie donnée, peuvent ne plus l’être si on souhaite donner à sa vie une autre dimension nous ramenant alors au premier précepte de remise en cause des jugements. Voilà une entreprise qui devrait bien m’occuper toute une année tant j’ai de problèmes à régler et une manière très intuitive et désordonnée de les aborder surtout en cas d’urgence … un peu de « méthode » devrait m’aider … ceci fera office de résolution de nouvelle année.

NB : la photo d’entête est issue de Pixabay, photo libre de droits.

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